Note des auteurs

« La communication est l’acte par lequel chaque conscience sort d’elle-même et dépasse son intériorité pour s’ouvrir à autrui » (Russ)

Une comédie romantique

Nous voulions parler d’amour durable… Aimer. Être aimé. Être heureux. Rendre heureux. Dépasser le narcissisme du premier amour, pour découvrir le véritable : celui qui se donne généreusement, sans compter. Chambre 113 est l’histoire d’un couple qui arrive à maturité.
Si Mathilde et Julien vivent une vision idéalisée de leur histoire, ils sont en réalité dans une impasse. « L’objectivation de chacun par le regard de l’autre n’est ressentie comme pénible que parce qu’elle prend la place d’une communication possible. » (Merleau-Ponty) Les prémisses de l’histoire le montrent : continuer à s’aimer dans la durée est mission impossible sans cet élément qui cimente le couple : la communication. Contrairement à toutes les apparences du coma profond, ils vont réapprendre à communiquer. Et à découvrir un amour plus vrai et plus profond car il dépasse les épreuves et en sort grandi.

 

Parler du coma et du monde de l’hôpital

Pour ne citer que les films « Parle avec elle » de Pedro Almodovar, ou « The Descendants » d’Alexander Payne, ou encore la pièce « Hôtel des Deux Mondes » d’Eric-Emmanuel Schmitt, nombreuses sont les œuvres qui traitent du coma. De fait, la tentation est grande d’explorer ce vaste monde entre la vie et la mort, d’imaginer ce que « vit » une personne plongée dans le coma et l’impact de ce drame sur son entourage.
Placer le personnage de Mathilde dans cet état de fragilité nous a paru vecteur d’une grande intensité dans les émotions et les échanges avec Julien. Mais que Mathilde puisse exprimer ce qu’elle ressent nous libère de l’aspect anxiogène de ce « tunnel menant à la lumière » et nous révèle ses propres sentiments sur sa situation. La convention théâtrale nous place dans une autre dimension, nous permettant de « voir de l’autre côté du miroir »…
Encouragés par l’enthousiasme que remportent auprès du public des séries sur le monde de l’hôpital comme Urgences, Grey’s Anatomy, Docteur House, etc., nous avons voulu, à la manière des scénaristes américains de ces séries, faire cohabiter les genres : le drame avec la comédie, le cynisme avec le pur romantisme…

Un spectacle drôle et rythmé

Pour échapper au côté anxiogène que peut avoir l’hôpital, le rythme de comédie s’est imposé à nous. Le comique des personnages secondaires de Chambre 113 est très vite devenu indispensable : lorsque la situation est grave, voire tragique, la légèreté est de rigueur… A l’image des comédies musicales anglo-saxonnes marquées par la culture de l’entertainement, nous avons d’abord conçu Chambre 113 comme un divertissement.

 

Pourquoi une comédie musicale ?

Pourquoi, dans les comédies musicales, les personnages se mettent à chanter ou à danser ? Parce que les mots ne sont pas suffisants pour dire ce qu’ils ressentent. Les variations musicales soulignent les balancements émotionnels des personnages. La musique et la danse permettent une distanciation inégalable. Elles amplifient l’émotion et emmènent la scène là où elle n’aurait pu aller avec les mots seuls.
L’art de la comédie musicale Anglo-Saxonne réside dans l’intégration des éléments dramatiques (texte, musique, danse) les uns avec les autres.
Les chansons et les chorégraphies ne sont plus alors de simples éléments divertissants, mais bien un « tout » constituant une continuité narrative. Notre collaboration sur Chambre 113 se passe en ce sens : nous « imbriquons » le texte de l’un(e) à la musique de l’autre – et réciproquement – et il en va de même avec les arrangements d’Antoine Lefort et les chorégraphies de Caroline Roëlands, et bien sûr la mise en scène de Vincent Vittoz afin que toutes nos idées ne fassent plus qu’une, et portent l’histoire de Chambre 113.

 

Du papier à la scène

A l’instar du récent succès Londonien Ghost – the Musical, les chansons et les chorégraphies – ainsi que les jeux de lumière et les « effets spéciaux » – servent le postulat du « fantôme » de Mathilde. Portés par la musique et la danse, la distanciation se crée immédiatement avec le personnage, et la magie opère chez le spectateur…
Plusieurs scènes de « rêve » dans Chambre 113 nous transportent dans une réalité autre : les personnages se projettent dans une autre dimension, celle du rêve, ou des souvenirs, ou encore dans une autre histoire. Ces «numéros intégrés », savamment chorégraphiés, participent grandement à la magie du spectacle.
Inspirés par des comédies musicales Anglo-Saxones – écrites selon certains codes contemporains, comme Next to Normal ou Love Story – the Musical – nous avons écrit une histoire profondément humaine, explorant l’intime.
Un drame permet souvent de comprendre ce qu’il y a d’essentiel dans l’existence. Ainsi le coma de Mathilde vient les ramener, Julien et elle, au chevet de leur amour.

Claire-Marie Systchenko et Eric Bongrand
(Auteurs et Compositeurs)